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"Les animaux, malades du cirque ou l’esclavage itinérant"
I - Les Cirques en France

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A. Bref historique des animaux dans les cirques :


La naissance du cirque 

D’un point de vue étymologique, le mot cirque viendrait de "circulaire" par allusion à la forme traditionnelle des pistes de cirque du Colisée de l’ancienne Rome. Les jeux du cirque romain, les montreurs d’ours et les ménageries privées sont les prémices du cirque moderne inventé en 1768 par Philippe Astley, sergent de cavalerie britannique. Celui-ci aurait créé la première piste ronde à Londres pour le dressage des chevaux de voltige, selon le principe de la force centrifuge qui aide les écuyers à se tenir en équilibre sur le dos de leur monture. Le système de la piste ronde a été accepté par les jongleurs, équilibristes, funambules, car elle offre un espace ouvert qui ne permet aucun trucage [1]. Son diamètre de 13 mètres correspond à la mesure de la chambrière. C’est également cet écuyer qui juxtaposera des numéros variés sans aucun rapport entre eux (spectacle mosaïque) [2].

C’est vers 1820, que le chapiteau est créé par un certain Howes. Ce nouvel habillage des pistes facilite la mobilité des cirques, bien que nombre d’entre eux se produisent encore dans des espaces en dur.

Au cours du XIXème siècle, les animaux étaient exhibés dans des cages roulantes placées autour des cirques ; le public venait alors voir le repas des fauves ou l’entrée du dompteur dans la cage [3].  Le français Martin fut un des premiers à faire une incursion dans la cage aux fauves en 1831.



Les ménageries : un vestige de l’histoire coloniale

En 1856, la découverte du squelette de l’homme de Neandertal va relancer cette fascination  pour « la bête sauvage primitive face à la civilisation en marche » [4]. Le partage impérialiste du monde reprend, les pays européens, confiants en leur supériorité, s’installent en Afrique et en Asie notamment… Les premières importations massives d’animaux sauvages vont commencer sous l’impulsion de marchands tels que Carl Hagenbeck à Hambourg.  Ces animaux vont intégrer les zoos et les ménageries de cirques.

Et c’est à la fin du XIXème siècle, que cette intégration sera définitive, suite notamment à l’invention par Wilhem Hagenbeck de la cage centrale démontable qui permet la présentation du dressage des fauves au centre de la piste. 

Les groupes mixtes sont tout d’abord constitués de lions, les groupes de tigres ne feront leur réelle apparition qu’au début du XXème siècle.

A côté des fauves, ours, éléphants ou singes, les cirques exhibent également des Lapons, des Kalmouks, des Cingalais, et des Somalis…
Ces exhibitions ethniques trouvent leur justification à travers l’«aspect pédagogique » [5] qui en découlerait. Argument que l’on retrouve encore aujourd’hui…

Au début du XXème siècle, les collections d’animaux dans les cirques sont impressionnantes tant en quantité qu’en diversité : éléphants de mer, gorilles, ours polaires, troupeaux d’éléphants….
Les importations s’intensifient au détriment des populations animales et humaines… Le cirque exhibe, étale, collectionne tous les « monstres et prodiges » de la nature : animaux, indigènes, nains… En 1923, la célèbre présentation de ‘la paix dans la jungle’ par Alfred Court (8 lions et lionnes, 4 ours polaires, un ours du Tibet, 3 tigres et 2 chiens danois) symbolise cette exploitation et cette domination déplorable de l’Occident sur le reste du monde.

L’après seconde guerre mondiale va marquer un lent déclin du cirque traditionnel jusqu’aux années 70. Entre 1970 et 1980, les faillites se succèdent et de grandes enseignes disparaissent (Amar, Médrano…). L’émergence d’une nouvelle forme de cirque et d’un nouvel esthétisme va redynamiser cet activité. Les formes traditionnelles vont, quant à elles, se rattacher à ces exhibitions d’un autre temps. Si la décolonisation a redonné sa dignité à l’homme, l’animal quant à lui n’a pu quitter les voitures-cages qui l’emprisonnent.

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Comme, on peut le constater, les cirques se sont produits pendant près d’un siècle sans animaux sauvages, le début de leur exploitation sous les chapiteaux étant lié à l’histoire coloniale.
"Ces animaux sauvages correspondent à une période historique. Quand les hommes sont partis à la conquête du monde. On ramenait les animaux du monde pour les montrer. C’était l’occident triomphant, la suprématie de la pensée scientifique. Un savant pouvait dire : le monde n’a plus de mystère. Et le cirque a été le résultat de tout cela…  Amener ces animaux ne fait plus partie de l’histoire immédiate. Aujourd’hui le monde animal nous échappe, parce qu’on est en train de le faire disparaître. Et on se dit que cette disparition est aussi la nôtre."
(Bernard Kudlak ­ cirque Plume). [6]  



B. Cirque traditionnel et cirque nouveau :

Deux types de cirques bien distincts coexistent : d’une part le cirque « traditionnel » et d’autre part le cirque « nouveau » :


Cirque traditionnel
Cirque contemporain  
 Environ 200 en France.
350 compagnies (Cirque plume, Archaos, Arts sauts, cirque baroque, les oiseaux fous, Tribu Iota…)  
Né en 1768, puis mutation un siècle plus tard.
Né dans les années 1970  
Les artistes sont, pour la plupart,
formés au sein même de la famille.
Les artistes ont, pour la plupart, été formés dans des écoles.  
Les numéros se succèdent
sans véritable logique.
D’autres disciplines étrangères au cirque traditionnel (chorégraphie, théâtre…) sont introduites sur la piste et l’ensemble suit une trame générale.  

Cette nouvelle forme contemporaine cherche souvent à délivrer un message.  
Etablissements indépendants.
Cirques travaillant souvent avec d’autres structures culturelles.  
Chevaux. A partir de 1768

Animaux exotiques depuis la fin du XIXème siècle : présence étroitement liée à l’histoire coloniale.
Absence quasi généralisée d’animaux. Quelques cirques (Zingaro, Théâtre du Centaure) utilisent le cheval, « mis au service d’un propos théâtral qui n’a rien à voir avec l’exhibition animalière [7]»

Le cirque Plume dans son spectacle No animo, mas anima remplace le chien par un homme (l’homme-chien) « c’était une manière de remettre l’homme parmi les animaux (…) C’est cela cette idée de « faire l’animal », d’y revenir. Nous sommes des animaux, on ne peut pas oublier cette dimension. Ce serait extrêmement dangereux pour notre liberté[8].  

Archaos remplace les chevaux par des motos… 

Circus Baobab (Guinée), les artistes interprètent le rôle des singes.  
Des cirques traditionnels tels que le cirque Roncalli en Allemagne ou le cirque Imagine en France n’ont pas d’animaux.

Combien de cirques traditionnels en France ?

Le mode de fonctionnement des cirques traditionnels rend difficile leur dénombrement, beaucoup n’étant pas déclarés et d’autres n’ayant pas d’autorisation d’ouverture. L’absence de chiffre officiel quant au nombre exact d’établissements itinérants montre à quel point cette profession échappe à tout contrôle. Absence de contrôle dont les animaux sont les premières victimes.
Selon l’éclaireur [9], 72 cirques sont officiellement déclarés. L’association Hors les murs, chargée de mission sur les arts de la piste par le ministère de la Culture, ne référence quant à elle que 23 cirques traditionnels dans son annuaire 1999/2000 [10]. Selon Jean-Luc Bauer (du cirque Kid Bauer) il existe plus de 400 cirques traditionnels [11]. Les investigations et enquêtes que One Voice a effectuées en 2000 et 2001 ont permis de répertorier quelques 170 cirques.

Il nous semble par conséquent raisonnable d’estimer le nombre d’établissements traditionnels à environ 200.




C. Les familles du cirque :


Les enseignes de cirques illustrent bien la complexité de ce monde qui cherche à se donner une image qui ne lui correspond plus. A quelques exceptions près (Arlette et Alexis Grüss, Joseph Bouglione ou Lydia Zavatta), les enseignes de cirque sont des noms d’emprunt faisant référence à des artistes du temps passé (Amar, Pinder, Zavatta…) et donc ayant une histoire avec l’animal conforme à ce moment du passé.

Si la location de la marque a pu se faire par un descendant de ces grandes familles, le résultat n’en est pas moins que l’on ne trouve sous le chapiteau aucun membre de cette famille. Ces emprunts ou ‘contrecarres’ plus ou moins légaux se font finalement au détriment du public qui pense aller voir un ‘Zavatta’.
-  Cirques Christiane Grüss, Achille Zavatta, Amar dirigés par la famille Falck.
-  Frank Zavatta dirigé par la famille Prein.
-  Willie Zavatta dirigé par les familles Beautour et Caplot.
-  Cirque Alain Zavatta dirigé par la famille Cagniac.
-  William Zavatta par la famille Hart
-  Pinder Jean Richard par la famille Edelstein…

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Cette constatation peut paraître futile, pourtant elle reflète le caractère anachronique de ces nombreux cirques, qui n’arrivent pas à trouver leur propre identité et se réfugient dans les recettes commerciales du passé en exhibant des animaux exotiques et en empruntant un ‘faux’ nom pour attirer les nostalgiques. Des cirques traditionnels ne pourront probablement survivre que ceux qui réussiront à tourner la page coloniale de leur histoire, et à réintégrer les vrais arts de la piste  (jonglage, clowns, trapèzes…).  


D. Les animaux dans les cirques français :


Suite à l’investigation de One Voice dans 170 cirques français, nous pouvons établir le tableau suivant afin de donner un ordre d’idée de la situation actuelle.

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2000/2001  
Nombre
d’animaux
Nombre de cirques
concernés
Remarques
Camélidés
179
78
Dromadaires, Chameaux   
Eléphants
43
17
Dont au moins 13 éléphants d’Afrique.
Félins
Lions
193
47
 
Tigres
216
42
Sibérie, Bengale et croisements
Autres
36
10
22 panthères, 2 léopards, 6 pumas, lynx, servals…
Girafes
3
3
Diana Moreno, Christiane Grüss et Luc Fratellini
Hippopotames
17
17
+ 1 nain (Kino's)
Otaries
11
4
 
Ours
10
3
Grizzlys, ours bruns
Ratites
38
19
Autruches, émeus, nandous
Rhinocéros blanc
1
1
Franck Zavatta
Singes
97
31
Chimpanzés : Kino's
Mandrill : Stéphane Zavatta
Babouins, Hamadryas, Macaques
Zèbres
42
22
Zèbres de Chapman notamment
Autres : bisons, buffles de Chine, bœufs watussi, vaches écossaises, vigognes, alpagas, lamas du Pérou, gnous, gazelles, oryx, koudous, pécaris, guanacos, cochons du Vietnâm, porcs épics, ratons laveurs, kangourous, colombes, cygnes, perroquets d’Amazonie, boas, pythons, crocodiles…  
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Autruche - Cirque Zavatta Eden circus
La plupart des animaux appartiennent aux cirques, les autres sont loués avec leur dompteur pour une ou plusieurs années.  



[1] HIPPISLEY COXE Anthony, « au commencement était la piste » dans « Le cirque ­ Un art universel » in Le courrier de l’Unesco, janvier 1988.
[2] JACOB Pascal, « Le cirque : regards sur les arts de la piste du XVIème siècle à nos jours » , éd. Plume,  Paris 1996.
[3] Hors les murs, « Le cirque de Noé », in Art de la piste n°13 ,  avril 1999, p30.
[4] SCOTT Charles W.,  « le cirque et le festival international du cirque de Monte-Carlo », collection  Alain frère, 1995.
[5] JACOB  Pascal, « le cirque ­ un art à la croisée des chemins » , éd. Gallimard, 1992.
[6] Hors les murs, « Points de vue » in Art de la piste n°13, avril 1999, p. 39.
[7] Textes et Documents pour la Classe (TDC) n°819, 09/2001,  p. 14.
[8] Hors les murs, « Points de vue » in Art de la piste n°13,  avril 1999,  p. 39.
[9] L’éclaireur du 11/03/2000.
[10] L’annuaire Guide-annuaire des arts de la piste 2ème édition 1999/2000 , éd. Hors les Murs.
[11] le Journal de la Haute Marne, 29/09/2001.


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