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| "Les animaux, malades du cirque ou l’esclavage itinérant"
I
- Les Cirques en France
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A. Bref historique des animaux dans les cirques :
La
naissance du cirque
D’un point de vue étymologique, le mot cirque viendrait de "circulaire"
par allusion à la forme traditionnelle des pistes de cirque du Colisée
de l’ancienne Rome. Les jeux du cirque romain, les montreurs d’ours
et les ménageries privées sont les prémices du cirque moderne inventé
en 1768 par Philippe Astley, sergent de cavalerie britannique. Celui-ci
aurait créé la première piste ronde à Londres pour le dressage des
chevaux de voltige, selon le principe de la force centrifuge qui aide
les écuyers à se tenir en équilibre sur le dos de leur monture. Le
système de la piste ronde a été accepté par les jongleurs, équilibristes,
funambules, car elle offre un espace ouvert qui ne permet aucun trucage .
Son diamètre de 13 mètres correspond
à la mesure de la chambrière. C’est également cet écuyer qui juxtaposera
des numéros variés sans aucun rapport entre eux (spectacle mosaïque) .
C’est vers 1820, que le chapiteau est créé par un certain Howes. Ce
nouvel habillage des pistes facilite la mobilité des cirques, bien
que nombre d’entre eux se produisent encore dans des espaces en dur.
Au cours du XIXème siècle, les animaux étaient exhibés dans des cages
roulantes placées autour des cirques ; le public venait alors
voir le repas des fauves ou l’entrée du dompteur dans la cage.
Le français Martin fut un des premiers à faire une incursion
dans la cage aux fauves en 1831.
Les
ménageries : un vestige de l’histoire coloniale
En 1856, la
découverte du squelette de l’homme de Neandertal va relancer cette
fascination pour « la
bête sauvage primitive face à la civilisation en marche ».
Le partage impérialiste du monde reprend, les pays européens, confiants
en leur supériorité, s’installent en Afrique et en Asie notamment…
Les premières importations massives d’animaux sauvages vont commencer
sous l’impulsion de marchands tels que Carl Hagenbeck à Hambourg.
Ces animaux vont intégrer
les zoos et les ménageries de cirques.
Et c’est à la fin du XIXème
siècle, que cette intégration sera définitive, suite notamment à l’invention
par Wilhem Hagenbeck de la cage centrale démontable qui permet la
présentation du dressage des fauves au centre de la piste.
Les groupes mixtes
sont tout d’abord constitués de lions, les groupes de tigres ne feront
leur réelle apparition qu’au début du XXème siècle.
A côté des fauves, ours, éléphants ou singes, les cirques exhibent
également des Lapons, des Kalmouks, des Cingalais, et des Somalis…
Ces exhibitions ethniques
trouvent leur justification à travers l’«aspect pédagogique »
qui en découlerait. Argument que l’on retrouve encore aujourd’hui…
Au début du XXème siècle, les collections d’animaux dans les
cirques sont impressionnantes tant en quantité qu’en diversité :
éléphants de mer, gorilles, ours polaires, troupeaux d’éléphants….
Les importations s’intensifient
au détriment des populations animales et humaines… Le cirque exhibe,
étale, collectionne tous les « monstres et prodiges » de
la nature : animaux, indigènes, nains… En 1923, la célèbre présentation
de ‘la paix dans la jungle’ par Alfred Court (8 lions et lionnes,
4 ours polaires, un ours du Tibet, 3 tigres et 2 chiens danois) symbolise
cette exploitation et cette domination déplorable de l’Occident sur
le reste du monde.
L’après seconde guerre mondiale va marquer un lent déclin du cirque
traditionnel jusqu’aux années 70. Entre 1970 et 1980, les faillites
se succèdent et de grandes enseignes disparaissent (Amar, Médrano…).
L’émergence d’une nouvelle forme de cirque et d’un nouvel esthétisme
va redynamiser cet activité. Les formes traditionnelles vont, quant
à elles, se rattacher à ces exhibitions d’un autre temps. Si la décolonisation
a redonné sa dignité à l’homme, l’animal quant à lui n’a pu quitter
les voitures-cages qui l’emprisonnent.
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Comme, on peut le constater,
les cirques se sont produits pendant près d’un siècle sans animaux
sauvages, le début de leur exploitation sous les chapiteaux étant
lié à l’histoire coloniale.
"Ces
animaux sauvages correspondent à une période historique. Quand les
hommes sont partis à la conquête du monde. On ramenait les animaux
du monde pour les montrer. C’était l’occident triomphant, la suprématie
de la pensée scientifique. Un savant pouvait dire : le monde
n’a plus de mystère. Et le cirque a été le résultat de tout cela… Amener ces animaux ne fait plus partie de l’histoire immédiate.
Aujourd’hui le monde animal nous échappe, parce qu’on est en train
de le faire disparaître. Et on se dit que cette disparition est
aussi la nôtre."
(Bernard Kudlak cirque Plume).
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B.
Cirque traditionnel et cirque nouveau :
Deux types de cirques bien distincts coexistent : d’une part
le cirque « traditionnel » et d’autre part le cirque
« nouveau » :
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| Cirque
traditionnel |
Cirque
contemporain
|
| Environ
200 en France. |
350
compagnies (Cirque plume, Archaos, Arts sauts, cirque baroque,
les oiseaux fous, Tribu Iota…) |
| Né
en 1768, puis mutation un siècle plus tard. |
Né
dans les années 1970 |
| Les
artistes sont, pour la plupart,
formés au sein même de la famille. |
Les
artistes ont, pour la plupart, été formés dans des écoles.
|
| Les
numéros se succèdent
sans véritable logique. |
D’autres
disciplines étrangères au cirque traditionnel (chorégraphie,
théâtre…) sont introduites sur la piste et l’ensemble
suit une trame générale.
Cette nouvelle forme contemporaine cherche souvent à délivrer
un message. |
| Etablissements
indépendants. |
Cirques
travaillant souvent avec d’autres structures culturelles.
|
| Chevaux.
A partir de 1768
Animaux exotiques depuis la fin du XIXème siècle :
présence étroitement liée à l’histoire coloniale. |
Absence
quasi généralisée d’animaux. Quelques cirques (Zingaro,
Théâtre du Centaure) utilisent le cheval, « mis au
service d’un propos théâtral qui n’a rien à voir avec l’exhibition
animalière »
Le cirque Plume dans son spectacle No animo, mas anima remplace
le chien par un homme (l’homme-chien) « c’était
une manière de remettre l’homme parmi les animaux (…)
C’est cela cette idée de « faire l’animal », d’y
revenir. Nous sommes des animaux, on ne peut pas oublier
cette dimension. Ce serait extrêmement dangereux pour notre
liberté.».
Archaos remplace les chevaux par des motos…
Circus Baobab (Guinée), les artistes interprètent le rôle
des singes. |
| Des
cirques traditionnels tels que le cirque Roncalli en Allemagne
ou le cirque Imagine en France n’ont pas d’animaux. |
Combien de cirques traditionnels en France ?
Le mode de fonctionnement des cirques traditionnels rend difficile
leur dénombrement, beaucoup n’étant pas déclarés et d’autres n’ayant
pas d’autorisation d’ouverture. L’absence de chiffre officiel
quant au nombre exact d’établissements itinérants montre à quel
point cette profession échappe à tout contrôle. Absence de contrôle
dont les animaux sont les premières victimes. Selon
l’éclaireur ,
72 cirques sont officiellement déclarés. L’association Hors les murs, chargée de mission sur les arts de la piste par le
ministère de la Culture, ne référence quant à elle que 23 cirques
traditionnels dans son annuaire 1999/2000.
Selon Jean-Luc Bauer (du cirque Kid Bauer) il existe plus de 400
cirques traditionnels . Les investigations
et enquêtes que One Voice a effectuées en 2000 et 2001 ont permis
de répertorier quelques 170 cirques.
Il nous semble par conséquent raisonnable d’estimer le nombre
d’établissements traditionnels à environ 200. |
C. Les familles du cirque :
Les
enseignes de cirques illustrent bien la complexité de ce monde
qui cherche à se donner une image qui ne lui correspond plus.
A quelques exceptions près (Arlette et Alexis Grüss, Joseph Bouglione
ou Lydia Zavatta), les enseignes de cirque sont des noms d’emprunt
faisant référence à des artistes du temps passé (Amar, Pinder,
Zavatta…) et donc ayant une histoire avec l’animal conforme à
ce moment du passé.
Si la location de la marque a pu se faire par un descendant de
ces grandes familles, le résultat n’en est pas moins que l’on
ne trouve sous le chapiteau aucun membre de cette famille. Ces
emprunts ou ‘contrecarres’ plus ou moins légaux se font finalement
au détriment du public qui pense aller voir un ‘Zavatta’.
-
Cirques Christiane Grüss, Achille Zavatta, Amar dirigés
par la famille Falck.
- Frank
Zavatta dirigé par la famille Prein.
- Willie
Zavatta dirigé par les familles Beautour et Caplot.
-
Cirque Alain Zavatta dirigé par la famille Cagniac.
- William
Zavatta par la famille Hart
- Pinder
Jean Richard par la famille Edelstein…
-
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Cette
constatation peut paraître futile, pourtant elle reflète le caractère
anachronique de ces nombreux cirques, qui n’arrivent pas à trouver
leur propre identité et se réfugient dans les recettes commerciales
du passé en exhibant des animaux exotiques et en empruntant un
‘faux’ nom pour attirer les nostalgiques. Des cirques traditionnels
ne pourront probablement survivre que ceux qui réussiront à tourner
la page coloniale de leur histoire, et à réintégrer les vrais
arts de la piste (jonglage,
clowns, trapèzes…). |
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D. Les animaux dans les cirques français :
Suite à l’investigation
de One Voice dans 170 cirques français, nous pouvons établir le
tableau suivant afin de donner un ordre d’idée de la situation
actuelle.
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2000/2001
|
Nombre
d’animaux |
Nombre
de cirques
concernés |
Remarques |
|
Camélidés |
179 |
78
|
Dromadaires,
Chameaux |
|
Eléphants |
43 |
17 |
Dont
au moins 13 éléphants d’Afrique. |
|
Félins |
Lions |
193 |
47 |
|
|
Tigres |
216 |
42 |
Sibérie,
Bengale et croisements |
|
Autres |
36 |
10 |
22
panthères, 2 léopards, 6 pumas, lynx, servals… |
|
Girafes |
3 |
3 |
Diana
Moreno, Christiane Grüss et Luc Fratellini |
|
Hippopotames |
17 |
17 |
+
1 nain (Kino's) |
|
Otaries |
11 |
4 |
|
|
Ours |
10 |
3 |
Grizzlys,
ours bruns |
|
Ratites |
38 |
19 |
Autruches,
émeus, nandous |
|
Rhinocéros
blanc |
1 |
1 |
Franck
Zavatta |
|
Singes |
97 |
31 |
Chimpanzés
: Kino's
Mandrill : Stéphane Zavatta
Babouins, Hamadryas, Macaques |
|
Zèbres |
42 |
22 |
Zèbres
de Chapman notamment |
|
Autres : bisons,
buffles de Chine, bœufs watussi, vaches écossaises, vigognes, alpagas,
lamas du Pérou, gnous, gazelles, oryx, koudous, pécaris,
guanacos, cochons du Vietnâm, porcs épics, ratons laveurs,
kangourous, colombes, cygnes, perroquets d’Amazonie, boas,
pythons, crocodiles… |
|
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Autruche - Cirque Zavatta Eden circus
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La plupart des animaux appartiennent aux cirques, les autres sont loués avec leur dompteur pour une ou plusieurs années. |
HIPPISLEY COXE Anthony, « au commencement était la piste »
dans « Le cirque Un art universel » in Le courrier
de l’Unesco, janvier 1988.
JACOB Pascal, « Le
cirque : regards sur les arts de la piste du XVIème siècle
à nos jours » , éd. Plume,
Paris 1996.
Hors les murs, « Le cirque de Noé », in Art de la
piste n°13 , avril
1999, p30.
SCOTT Charles W., « le
cirque et le festival international du cirque de Monte-Carlo »,
collection Alain
frère, 1995.
JACOB Pascal, « le
cirque un art à la croisée des chemins » , éd. Gallimard,
1992.
Hors les murs, « Points de vue » in Art de la piste
n°13, avril 1999, p. 39.
Textes et Documents pour la Classe (TDC) n°819, 09/2001,
p. 14.
Hors les murs, « Points de vue » in Art de la piste
n°13, avril 1999,
p. 39.
L’éclaireur du 11/03/2000.
L’annuaire Guide-annuaire des arts de la piste 2ème édition 1999/2000 , éd. Hors les Murs.
le Journal de la Haute Marne, 29/09/2001.
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