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| "Les animaux, malades du cirque ou l’esclavage itinérant"
II
- La Condition de l'animal dans les cirques
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B. Le domptage
Nous
faut-il donc pour marquer notre suprématie enfermer sous verrous
les représentants de cette animalité que nous réfutons ? L’homme
a t-il donc besoin de marquer sa supériorité en exhibant ceux qu’il
a humiliés et en riant d’eux ? A
travers le domptage, l’homme se prévaut d’une suprématie sur la
nature. Vision quelque peu illusoire où le dompteur s’arroge des
droits qu’il n’a pas.
L’animal dénaturé et instrumentalisé
L’utilisation
des fauves, face au dompteur, place l’animal dans une situation
humanisée de conflit. L’animal prend le rôle de la bête féroce qu’il
n’est pas. Les rôles sont inversés, l’agresseur (le dompteur) devient
l’agressé et le captif devient le dominant qu’il faut maîtriser.
Les
motivations qui poussent les circassiens à utiliser les animaux
sont les suivantes :
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Attirer
le public en lui présentant des espèces « exotiques ».
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Amuser
ou émerveiller le public en exhibant un animal dans une posture
ou dans un comportement contre-nature.
-
Epater
le public en prouvant leur force, leur courage, ‘leur magnétisme’.
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Cirque
Amar
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Éléphant assis sur un tabouret
Cirque Maximum |
- Ours sur trottinette et en jeep (Kid Bauer)
- Eléphant sur les pattes arrières de manière prolongée (Pinder, Arlette Grüss…)
- Eléphant assis : (Amar, Arlette Grüss, Christiane Grüss, Maximum…)
- Eléphant assis sur un éléphant couché (Arlette Grüss…)
- Eléphant sur les pattes avant ou sur une patte avant (Alexis Grüss, Arlette Grüss, Médrano…)
- Prédateur sur proie (ours/cheval - cirque tzigane..)
- Animaux équilibristes (Kino’s…)
- Cohabitation de tigres & de lions dans le même numéro (Pinder, Maximum…)
- Fauves dans cercle de feu…
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A la différence des zoos qui présentent l’animal, le cirque base
son commerce sur la dénaturation et l’instrumentalisation de l’animal.
« Souvent, les animaux sont le fond de commerce de cirques
qui ont oublié le travail, l’acrobatie, l’art équestre, et qui ne
savent plus ce que signifie de s’épuiser en répétitions ».
Cette dérive est accentuée par la concurrence qui fait rage entre
les différentes enseignes : il faut avoir le numéro le plus
spectaculaire (et donc le plus contre-nature) possible. Cette «tradition
de la sciure et du clinquant est parfaite pour des êtres humains
qui peuvent choisir, mais elle ne devrait pas être imposée à des
recrues animales ».
Ce
genre de spectacles est bien entendu totalement anti-pédagogique
et il est surprenant que des écoles acceptent encore de les montrer
aux enfants. L’exemple proposé par Pinder pour la saison 2002 (mélange
de tigres et de lions) n’a non seulement aucune valeur éducative,
mais le pire : il induit en erreur les jeunes spectateurs qui
vont croire qu’un tigre asiatique peut rencontrer et cohabiter avec
un lion africain…
Cette
«haine du sauvage et de l’indompté a déjà trouvé résonance au fond
des cages du siècle précédent. Et même s’il subsiste une certaine
beauté formelle dans la démonstration, l’animal vaincu par l’obéissance
ne gagne plus grand chose à s’exhiber. Alors pourquoi vêtir encore
chiens, ours et chimpanzés sinon pour récupérer l’écho d’un rire
maladroit face à de sinistres caricatures de l’humain. Triste miroir
où le reflet, l’homme évolué, ne sort guère grandi par ce qu’il
applaudit et encourage ».
La violence du domptage
S’il
existe un dressage en douceur, inventé par Carl Hagenbeck à la fin
du XIXème, il n’est qu’illusoire car il ne consiste qu’en une disposition
préalable des animaux dans la cage, le choix des places se fait
sur la base du tempérament de chaque animal, ce qui empêche les
querelles ou les complicités contre le dompteur.
Les
méthodes utilisées tout au long du XXème siècle démontrent bien
que cette ‘invention’ d’Hagenbeck n’avait rien de révolutionnaire.
Un animal sauvage reste sauvage. De nombreux accidents démontrent
bien que cette soi-disant complicité n’est rien d’autre qu’une soumission.
Les
numéros « en douceur » ou « de pelotage » qui
donnent l’apparence d’une complicité entre le dompteur et l’animal
sont une imposture et sont, comme les numéros « en férocité »
basés sur une suprématie du dompteur sur la bête fauve. Ces présentations
sont le résultat d’un dressage physiquement et psychologiquement
violent pour l’animal sauvage.
La
méthode du «putting through» (éléphants, ours, fauves…) : Méthode de contrainte par force
à des mouvements passifs (mouvements impulsés par le dompteur, seul
ou avec ses assistants). Selon O.Koehler et le Dr Hediger, les plus
célèbres numéros de cirque lui doivent leur réussite.
Cette forme de dressage n’est possible qu’avec des animaux
« pour qui la distance de fuite vis-à-vis de l’homme a
disparu » (Hediger).
->
Cet état de dépression, de passivité et de soumission dont nous
parlions précédemment facilite ce genre de dressage…
Emploi
des réactions critiques et de fuite (fauves) :
Le dompteur utilise la réaction de fuite (distance de fuite) et
la réaction de défense de l’animal (distance critique) pour lui
imposer sa trajectoire. Celle-ci est guidée par un fouet ou un bâton
représentant le prolongement du dompteur.
-> L’animal,
une fois de plus, est acculé à une impossibilité de réaction.
Les
exercices contre-nature : L’impossibilité
de dompter un animal en douceur réside dans le décalage qui existe
entre ce qui lui est demandé et ses prédispositions naturelles.
Comme le souligne Lucien-René Dauven, président du club du cirque,
« Au cirque comme au stade, les records n’existent que pour
être battus. Ils finissent toujours par l’être ». Mais cette
surenchère dépasse très largement les capacités naturelles de l’animal,
elle va à l’encontre de sa physiologie et de sa psychologie normales.
Le résultat ne pourra alors être obtenu que sous le coup de la contrainte.
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Photo cirque Arlette Grüss
La voix du Nord 15/03/98
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Les exercices peuvent être très douloureux. Ainsi la posture sur les pattes avant ou une prolongation sur les pattes arrières tel que pratiquée par les cirques Alexis Grüss, Arlette Grüss, Médrano, Pinder, Amar, Maximum ou Christiane Grüss, épuise les articulations des éléphants. Selon Martin Saller et Karl Gröning (1998) « le simple fait de s’agenouiller sur les deux pattes représente déjà une forte contrainte pour les articulations et la colonne vertébrale de l’éléphant ».
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« Ces positions peuvent causer des blessures aux articulations
et aux disques intervertébraux des éléphants adultes, ainsi que
des fissures dans les ongles. Quant aux exercices d’équilibre, ils
peuvent être à l’origine de dérangements moteurs dans les articulations
du coude et du genou. »
La
crainte et la soumission : Dompter
c’est imposer à l’animal un exercice, une posture, voire même une
cohabitation (dominant/dominé) contraires à sa nature. Afin d’obtenir
cette soumission, l’animal est cassé et, des aveux mêmes de Lydia
Zavatta à un de nos enquêteurs, cette soumission «ne peut être obtenue
que par la peur ». L’animal
doit comprendre qu’il n’est plus rien et qu’il n’a plus la moindre
chance de s’en sortir.
- « La
plupart des dompteurs présentent des animaux qui n’agissent
que sous l’emprise de la terreur » (Franck C.Bostock).
- « J’ai,
entre autres, vu un jour un ours à collerette pris de peur chercher
à se sauver par-dessus les grilles du manège » (Dr Hediger).
- J’ai
vu le directeur Franz Althoff, qui possède le plus grand groupe
européen actuel, arrivant à quatre mètres de la tente de ses
quinze éléphants, se mettre à hurler en allemand. Immédiatement,
les quinze pachydermes commençaient à pisser (de peur)… » (Jean Richard) .
- « L’homme,
c’est autre chose, c’est une « surface », le seul
ennemi que craignent les fauves, les plus grands » (Jean
Richard) .
Le
domptage, une occupation pour les animaux…
?
Les animaux quittent leurs cages exiguës non pas pour
se détendre ou se défouler. Ils vont devoir affronter les lumières,
le public, le bruit et leur dompteur. Aucune réplique n’est possible,
aucune fuite. L’animal devra exécuter son numéro avant de rejoindre
sa cellule. En 1904, Franck C. Bostock affirmait que «certains dresseurs
avaient l’habitude de tenir les singes savants toujours enfermés
dans des boîtes étroites et sombres, afin qu’ils prennent le travail
comme une récréation ».
La situation n’a pas vraiment évolué un siècle plus tard, les cages
sont toujours minuscules. L’état de stress, de soumission et les
divers troubles du comportement (stéréotypie, hypersexualité…) montrent
que ces soit disant ‘récréations’ ne compensent pas la détresse
mais bien au contraire l’accentuent.
La
violence physique du domptage :
Si les problèmes de fond quant aux animaux du cirque sont leur détention
et leur ‘instrumentalisation’, nous ne pouvons pas faire l’impasse
sur la violence physique inhérente au domptage.
Pour
obtenir de l’animal une posture contre nature, la nourriture ne
peut pas suffire. Il faut le soumettre et le contraindre à adopter
ce qu’il ne comprend pas. Comme nous l’avons vu précédemment, la
position en poirier chez l’éléphant est dommageable pour ses articulations.
L’animal, même par faim, ne prendra pas cette position douloureuse
qui lui est étrangère. Seule la crainte d’une douleur plus forte
que celle provoquée par cette position contre nature pourra l’y
contraindre.
Les
témoignages de dompteurs et d’observateurs confirment cette violence :
-
Auteur
de plusieurs ouvrages sur les cirques, Pierre Robert Levy, qu’on
ne pourrait taxer de partisan de la cause animale, écrit en
1992 dans son livre les
animaux du cirque
« On ne peut sans hypocrisie imaginer un domptage
qui n’aurait pas recours à la contrainte et à une certaine violence ».
-
« On
torture les animaux à des fins lucratives. On les dresse à lever
une patte, à sauter dans un cercle. Le public applaudit une
fois, deux fois, puis après, il se lasse, il faut trouver mieux
chaque fois. C’est la compétition pour de l’argent, c’est l’escalade
vers l’horreur… »
(Paul Leroyer Dompteur qui a dressé les chimpanzés du Prince
de Monaco, et débourré des lions de Bouglione).
-
« Vous
êtes-vous aperçus que le bâton, avec lequel on les mène, est
terminé par un crochet métallique acéré qui perce leur peau ?
C’est avec ce crochet que l’on contraint l’éléphant à l’obéissance.
Un des points les plus sensibles de cet animal, le dessous de
l’oreille est ainsi constamment piqué » (Gilbert Picard
journal.
-
« Je
les attendais de pied ferme, fouet en main (…) ils comprenaient
très bien que l’explication entre eux et moi, sans témoins,
allait être orageuse… » (Jean Richard).
-
« Un
éléphant de quatre tonnes n’est pas fait pour se tenir sur deux
pattes. Alors, on lui apprend…et cela ne se fait pas avec un
bout de sucre. Deux, trois, quatre aides de dressage se tiennent
à ses côtés, un crochet à la main. Le dresseur donne ses ordres,
fait claquer la lanière de son fouet. Le bruit affole l’animal.
Un, deux, les aides crochètent le pied droit, l’acier pénètre
dans la peau, soulèvent la patte… » (Paul Leroyer dompteur).
-
«
Titschi doit apprendre à faire le ‘poirier’. L’éléphant n’étant
pas assez rapide au goût de Günther Gebel, il lui assène un
coup derrière les oreilles avec une canne armée de pointes acérées.
Titschi souffre. Gémissant, elle pose son front ridé sur le
sol, enroule prudemment sa trompe et hisse son postérieur. Dans
cette posture pénible, elle tourne un regard soumis vers son
maître. Ce spectacle n’a rien de réjouissant. Gebel la récompense
d’une banane. » (Martin
Saller & Karl Gröning).
-
« En
ce qui concerne la coercition, elle pose tout simplement le
problème du dressage des pachydermes. Si la chose est admise,
il faut bien reconnaître que des méthodes de grande fermeté
sont nécessaires pour maîtriser durablement des bêtes aussi
puissantes dont le moindre écart d’insubordination peut provoquer
de véritables catastrophes » (Pierre Robert Levy).
-
« On
a beaucoup parlé au sujet de Valentin Filatov d’une technique
de dressage, évitant la coercition brutale et basée principalement
sur la mise en confiance et une approche psychologique des différents
individus (ours). Je veux bien croire que Filatov s’est sérieusement
intéressé à la question. Cependant d’après les témoins qui ont
eu l’occasion de suivre la tournée, les arguments de dressage
n’étaient pas toujours d’ordre psychologique, ce qui, compte
tenu de la nature vigoureuse de ses partenaires, semblait en
somme assez compréhensible » (Robert Pierre Levy).
-
« Il
n’en est pas moins vrai qu’en matière de domptage, rien ne pourrait
se faire sans une contrainte permanente, toujours vigilante,
associant l’action des récompenses à une sévère répression des
manquements successifs » (Pierre Robert Lévy).
-
« …et
lui faire comprendre la loi du gourdin dont un coup sur le nez
devrait être un remède efficace pour lui ôter de nouvelles envies
d’agression »
(Jean Richard).
-
« Les
singes subissent la même loi : soumission totale ou correction »
(Gilbert Picard journaliste) .
-
« Ne
savez-vous pas que le chien qui fait le saut périlleux accomplit
un exercice qui fut imposé à 10 autres chiens peut-être avant
lui, à 10 autres chiens, dont la colonne vertébrale, moins résistante,
s’est brisée ?… » (Paul Reboux)
-
La
chambrière : « Il n’est pas si facile qu’on le croit
d’atteindre avec ce fouet de deux mètres le cheval fautif dans
un groupe d’individus marchant en files de quatre… Avec cet
instrument, Albert Schumann et Alphonse Rancy coupaient en deux,
à la volée, une pomme jetée du haut des gradins. » (Henry
Thétard) .
-
«Tirer
de temps à autre un petit bout de sucre de votre poche, l’offrir
à grignoter : votre élève donne une excellente impression
au public. Il se persuade que le sujet prend plaisir à exécuter
un numéro, qu’il est câliné et dorloté par un maître du soir
au matin, et qu’il aime ce maître, à en mourir. Ce sont là des
trucs nécessaires pour dissimuler les cruautés du métier. Si
on se doutait de celles-ci, tous nos numéros seraient interdits »
(Harry Collins - dresseur).
L’association
anglaise Animal Defenders a révélé grâce à une caméra cachée, les
violences exercées par Chipperfield Enterprises, une société de
dressage d’animaux ‘de cirque’ notamment. Le 26 janvier 1999, la
directrice de cette entreprise a été condamnée à
200 000FF d’amende par le tribunal d’Andover pour 12 actes de cruauté
(sur un jeune chimpanzé et 6 éléphants). En août 2001, à San José
aux Etats-Unis, le dompteur Mark Oliver Gebel (fils de Gunther Gebel)
du cirque Ringling Brothers and Barnum & Bailey a été surpris
en train de frapper avec un crochet pointu une femelle éléphant.
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Le public ignore trop souvent la violence qui se cache derrière
ces spectacles en trompe l’œil. Le domptage est une atteinte à l’intégrité
physique et psychologique de l’animal. Soumise, forcée, effrayée,
la bête ‘féroce’ se plie face à un dompteur qui mériterait l’admiration…
les rôles ont été habilement inversés…
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JACOB Pascal, « la
grande parade du cirque », éd. Gallimard.
CROFT - COOKE RUPERT &
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éd.Albin Michel, 1977,
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