Les autres animaux du cirque
Les lions (Pansra leo)
Un mâle et plusieurs femelles étaient installés dans une remorque de ménagerie relativementrécente et moderne. Celle-ci était divisée en trois compartiments. Chaque compartiment étaitgarni d’un grattoir en bois, et comportait au moins un plan surélevé pour que les animaux puis-sent s’y reposer. L’un des deux côtés du véhicule était constitué de panneaux horizontaux bas-culant. Ces panneaux étaient grands ouverts pour assurer une bonne aération, les parties supé-rieures étant relevées pour former un surplomb et fournir davantage d’ombre. Le niveau de sécuritéétait bien supérieur à celui que l’on observe généralement dans les cirques, le côté ouvert faisantface à une autre remorques et les deux extrémités du corridor ainsi formé étant barrées au public.Cela empêchait les visiteurs de bien voir les animaux, mais c’est aussi ce qui assurait à ces der-niers davantage de paix et de tranquillité que ce que la plupart des cirques leur octroient. Aumoment de notre observation, les animaux disposaient d’eau, mais dans des volumes réduits. Lesanimaux paraissaient calmes, et durant la période d’observation, ils n’ont pas présenté de com-portement anormal. Cependant, rien n’indiquait que les lions avaient la possibilité de faire del’exercice en dehors de leurs numéros, or, un tel confinement ne correspond pas à des règlessatisfaisantes de maintien en captivité pour ces grands félins.Le présentateur du numéro des lions était un homme jeune. De façon générale, le numéro s’estdéroulé sans accrocs, mais il était décevant de voir les animaux serrés trop étroitement les unscontre les autres sur la plate-forme, à un moment donné du numéro, chaque animal se trouvantainsi forcé d’envahir l’espace de l’autre, d’où un inconfort regrettable et une situation d’agression.J’ai aussi été choqué de voir le dresseur utiliser sa pique dans la région scrotale du lion mâle pourqu’il avance plus vite sur la planche.

Le tigre (Panthera tigris)
L’un de nous a aperçu un tigre. Il était logé avec les lions. Malheureusement, je n’ai pas pu le voir.Le tigre n’a pas participé au spectacle.
Les dromadaires (Camelus dromedarius) - domestiques
Le mâle, «Rachid» et la femelle, «Blondie», étaient enfermés côte à côte dans deux logementsséparés. Ils étaient apparemment en bonne santé et disposaient l’un et l’autre de nourriture et d’eau. Malheureusement, en questionnant le préposé, nous avons appris qu’ils n’avaient jamais la possibilité de faire de l’exercice, en dehors des numéros exécutés sur la piste. À l’instar desautresanimaux «exotiques», ils étaient enfermés dans des cages mesurant environ 2,50 m sur2,50m, et davantage d’exercice physique ne pourrait leur faire que du bien.
Les Guanacos (Lama guanicoe)
Deux mâles et une femelle. Les deux mâles étaient enfermés séparément, pour éviter qu’ils ne sebagarrent. Les trois animaux étaient d’une corpulence plus mince que ce que l’on observe habi-tuellement chez cette espèce. De part et d’autre de son visage, la femelle portait des traces de bles-sures soignées, presque certainement provoquées par un accident avec un harnais. Autrement, cesanimaux semblaient être en bonne santé. Ils disposaient de nourriture et d’eau.Ces animaux ont été amenés sur la piste pour un court moment pendant le spectacle des animaux«exotiques». Leur participation au spectacle a consisté essentiellement à sauter par-dessus lecou des chameaux agenouillés.

Les chèvres naines (Capra hircus) - domestiques
Un mâle et trois femelles. Ces chèvres disposaient de nourriture et d’eau et étaient en bonne condition physique. Elles ne participaient pas au spectacle.
Les lamas (Lama glama) - domestiques
Deux lamas étaient enfermés avec le mâle guanaco, plus jeune. Ils étaient en bonne santé et disposaient de nourriture et d’eau. Les lamas ne participaient pas au spectacle.
La vache Watussi (genre Bos) - domestique
«Julie» était une belle femelle âgée de sept ans. Elle était en parfaite condition physique. Malheureusement, à l’instar des animaux «exotiques», Julie n’avait manifestement pas la possibilité de faire suffisamment d’exercice. Le public était incité à la caresser, bien que le responsable de son numéro ait semblé craindre lui-même de recevoir un coup de corne.
L’âne de Somalie (Equus asinus) - domestique
Cet animal, seul de son espèce, était apparemment en bonne condition physique et disposait de nourriture et d’eau. Il ne participait pas au spectacle.
Le zèbre des plaines (Equus burchellii)
Un zèbre était enfermé dans le «zoo». Il était dressé, mais il conviendrait de le considérer tout de même comme un animal sauvage dangereux : ce serait le cas au Royaume-Uni. Or, à la vente des billets, onassurait au public que cet animal, comme d’autres, pouvait être approché et touché sans problème. L’animal disposait de nourriture et d’eau. Il était apparemment en bonne santé, si ce n’est qu’il étai ttrop gros et passait un temps anormalement long à se frotter les pattes de devant. Aucune raison évidente n’expliquait ce comportement, qui a persisté pendant tout le temps de notre présence,même lorsque l’animal était caressé. Il peut s’agir d’un comportement de déplacement, ou plus probablement d’une stéréotypie : dans l’un ou l’autre cas, c’est le signe de conditions de détention inadaptées. Il conviendrait d’observer l’animal plus avant pour en avoir le cœur net. Le zèbre n’était pas utilisé dans les spectacles.

Les chevaux (Equus caballus) - domestiques
Le «zoo» abritait aussi quatre étalons arabes pur-sang, enfermés séparément. Ils étaient tous les quatre âgés de 14 ans et étaient, de façon générale, en bonne condition physique. L’un d’entre eux portait la trace d’une importante blessure à la patte qui avait été bien soignée et qui avait bien guéri. Deux chevaux présentaient des lésions de la peau au-dessus de la crête illiaque (pelvis), sans cause visible, sachant cependant qu’il s’agit de la partie la plus proéminente du pelvis, particulièrement exposée aux traumatismes, surtout pendant les transports. Chacun des chevaux portaitsur le cou une marque d’identification. L’un des chevaux était visiblement boiteux (4/5) de la patte avant droite et avait des difficultés à se retourner dans son étable. Ses autres pattes n’avaient pas été bandées comme cela aurait été souhaitable pour leur permettre de mieux supporter le supplément de poids. Cet étalon, à mon avis, n’était pas en état de voyager, si ce n’est pour les besoins d’un traitement vétérinaire. Ces quatre chevaux ont participé à un numéro. Le cheval boiteux (le deuxième par ordre d’entrée sur la piste) faisait visiblement des efforts et boitait beaucoup. Les virages accentués qu’il devait faire pendant ce numéro et la forte inclinaison imposée à sa tête par les rênes ne faisaient qu’aggraver le boitement. De ce fait, le libre mouvement de sa tête était empêché; il ne pouvait plus déplacersa tête vers ses autres pattes. Si on lui avait ôté les rênes, l’inconfort évident dans lequel il se trouvait pendant le numéro en aurait été réduit. De mon point de vue, ce cheval ne semblait pas apteà participer au spectacle ce soir-là. Visiblement, le présentateur était aussi conscient de ce problème, car à plusieurs reprises, on a sorti ce cheval de la piste pendant quelques instants : probablement pour qu’il se repose. Interrogé après le spectacle, le présentateur a déclaré que le problème venait du dessous du sabot, et que l’animal avait reçu des soins vétérinaires. Il a aussi affirmé que ce cheval jouait un rôle important dans le numéro et qu’il n’était pas possible de s’en priver.


En tant que visiteurs du cirque, nous avons été activement encouragés à caresser les animaux.Pourtant, même si les animaux étaient tous tranquilles et même s’ils étaient habitués au contactavec le public, des animaux sauvages dressés ne doivent jamais être considérés comme totalementinoffensifs (le zèbre, par exemple). Chez un animal sauvage, de légers bruits ou de légères pertur-bationsinvisibles à un observateur humain peuvent provoquer une réaction vive. Le dressageréduit quelque peu les risques de panique, mais pas de la même manière que chez les animauxdomestiques. Le fait de toucher ou de caresser ces animaux à travers des barreaux peut facilemententraîner des blessures graves, surtout chez une personne inexpérimentée. Même si le risque depanique est moindre chez les animaux domestiques de grande taille, ces derniers peuvent toujoursavoir des mouvements rapides et imprévisibles, ce qui peut provoquer de graves blessures (notam-ment des fractures) quand une jambe ou un bras se trouve pris.
D’autre part, le contact des animaux sauvages comme des animaux domestiques comporte unrisque d’infection. C’est pourquoi il devrait être possible de se laver les mains à proximité, et l’ondevrait inciter le public à le faire. Dans les ménageries et autres élevages ouverts au public, un certain nombre de cas de maladies graves transmises à des enfants ou à des adultes ont pourtantdéjà été relevés.
Par ailleurs, pendant les numéros, les animaux soulevaient beaucoup de poussière. C’est là unesource potentielle de maladies respiratoires, pour les animaux comme pour les spectateurs et pourles circassiens. Il conviendrait de s’occuper de ce problème.
