Pourquoi agissons-nous ?
Nous sommes résolument opposés à la présence des animaux dans les cirques tant moralement que scientifiquement. D’après les connaissances actuelles en éthologie et en science vétérinaire, les animaux sauvages dans les cirques ne pourront jamais bénéficier d’un mode de vie en adéquation avec leur espèce. Cependant, nous prenons en compte la réalité des cirques et la disposition du gouvernement à leur permettre de continuer à inclure dans leurs représentations des numéros avec des animaux sauvages. L’objectif de ce rapport n’est donc pas de justifier le maintien des animaux dans les cirques mais d’être un instrument d’évaluation et de décision pour les autorités en charge de faire appliquer et évoluer la législation relative au bien-être des animaux. Nous souhaitons que les résultats du travail scientifique qui ont servi de base à ce rapport puissent être exploités pour améliorer la condition de vie des animaux dans les cirques, en transition vers une évolution majeure de la loi qui les protègera définitivement dans leur milieu naturel. Car, de même que des spectateurs et des employés des cirques, nous avons été témoins de nombreux exemples de mauvais traitements envers des animaux. L’un des cas les plus tristement célèbres est celui des coups donnés en public à l’éléphante Samba en 2002.
Nous n’avons rien contre les cirques, mais nous estimons que, et pour les animaux sauvages notamment, les exigences du bien-être des animaux ne peuvent pas y être satisfaites et qu’il n’est pas acceptable moralement de les dénaturer pour la simple distraction des humains. Si le public a conscience des conditions de vie des animaux qui participent aux représentations, les situations les pires leur sont souvent cachées, dans les quartiers d’hiver où stationnent périodiquement les circassiens pour entretenir leurs véhicules et leurs installations, dresser les animaux et se reposer. Dès à présent, il importe que la législation assure aux animaux des cirques une protection à tous les stades et dans tous les domaines de leur existence. Elle doit donc concerner non seulement les animaux itinérants des cirques, mais aussi les animaux utilisés dans des spectacles ponctuels ou indépendants, les cirques à demeure, les quartiers d’hiver, ainsi que les animaux utilisés dans tous les autres genres de spectacles et d’attractions.
La cruauté envers les animaux et la nécessité de la prévenir sont reconnues par la législation des pays européens depuis le XIXe siècle (en France, loi Grammont, 1850). Depuis, les préoccupations de la société sur ce sujet n’ont fait que croître. Notre souci croissant pour le bien-être des animaux est motivé par plusieurs raisons, dont : la migration des populations des campagnes vers les villes, qui éloigne les gens de la chaîne alimentaire, le progrès du niveau de vie et le fait que davantage de gens possèdent des animaux de compagnie, un meilleur niveau d’éducation et une plus grande compréhension des besoins des animaux. Il s’agit d’une évolution continue : au cours des 30 dernières années, ces préoccupations pour le bien-être animal ont progressé de façon presque exponentielle.
La convention européenne sur la Protection des animaux dans les élevages (agréée par le Conseil de l’Europe [1976] et complétée par un protocole d’accords [1992]) stipule, comme règle du bien-être animal, que « tout animal doit bénéficier d’un logement, d’une alimentation et des soins qui – compte tenu de son espèce, de son degré de développement, d’adaptation et de domestication – sont appropriés à ses besoins physiologiques et éthologiques, conformément à l’expérience acquise et aux connaissances scientifiques ». À cette fin, le Conseil pour le bien-être des animaux de ferme (FAWC) a élaboré une déclaration précisant ce qu’il conviendrait d’attendre en matière de bien-être animal, appelée les Cinq critères du bien-être (FAWC : Report on the Priorities for Animal Welfare, Research and Development [1993] ) (voir ci-après : Les règles du bien-être animal). Ces critères doivent «constituer un cadre exhaustif logique d’analyse du bien-être». Les idéaux du Conseil de l’Europe, tels qu’ils sont exprimés dans cette convention, devraient être applicables de la même manière à toutes les espèces sensibles maintenues en captivité. Remarquons que cette convention met l’accent sur la conformation aux connaissances scientifiques.
Depuis des années, l’expression des préoccupations relatives au bien-être animal a connu un essor considérable, de même que le nombre de publications consacrées à ce sujet et sa couverture médiatique. L’étude naissante du bien-être animal et des sujets s’y rapportant, dans le milieu scientifique, renforce ce phénomène. Nos connaissances concernant les exigences de chaque espèce sont en évolution constante. Il est impératif qu’une nouvelle législation puisse répondre aux besoins qu’elles impliquent, le plus rapidement possible.
Les exigences particulières des espèces sauvages en captivité ont été reconnues dans la Directive européenne sur les zoos (directive du Conseil 1999/22/EC) et dans la législation qui a suivi dans les États membres. Et dans le monde, certains pays ont déjà légiféré en faveur des animaux des cirques : Australie, Autriche, Belgique, Canada, Costa Rica, Danemark, Finlande, Inde, Norvège, Nouvelle-Zélande, Singapour, Suède et Suisse. Il est grand temps que la France donne suite elle aussi, en se dotant d’une législation significative sur le bien-être des animaux des cirques et se mette en phase avec l’évolution écologique des mentalités.