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Histoire de Samba
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Samba, c’est ainsi que les hommes l’ont baptisée pour mieux se l’approprier. Ils lui ont imposé ce nom aux accents de fête et d’insouciance pour mieux nous faire oublier que cette éléphante vit en cage, à leur service.
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Samba est née au Kenya. Elle y vivait en toute quiétude entourée des siens. Son troupeau, mené par une matriarche, parcourait la savane à la recherche de nourriture. Les journées étaient ponctuées par des jeux et les longs bains nécessaires au bien-être. Samba apprenait les bienfaits de la nature ; mais aussi ses pièges. Qui aurait pu lui prédire qu’elle tomberait dans le plus terrible ? Qui aurait pu lui dire que ses compagnons et sa famille allaient mourir sous ses yeux et que, impuissante, elle serait prisonnière à jamais ? Ses barrissements et ses grognements n’y ont rien fait, personne ne les comprenait. Samba s’est envolée vers la France pour y apprendre la douleur des coups, l’enfermement, l’esclavage et l’isolement.

Traumatisée, perdue, Samba a été obligée de se soumettre à la volonté de ses maîtres. Arrachée de son milieu naturel, elle a d’abord connu le froid et la privation de ses besoins les plus élémentaires.
Car, comme tous les éléphants, Samba doit marcher plusieurs heures par jour, boire beaucoup et procéder au rituel du bain de boue ou de poussière.
Ici, c’est impossible. Enfermée dans un espace restreint, Samba se cogne contre les parois d’un camion aux sinistres barreaux. Les portes s’ouvrent uniquement  pour qu’elle aille faire son tour de piste, menée par son dresseur. Elle n’a d’autre possibilité que de se plier à ses ordres. Armé de son ankus, il l’oblige à exécuter ses numéros contre-nature.
A genoux Samba ! Couchée, Samba !  Assise Samba ! Si elle n’y arrive pas elle sait qu’elle aura mal, quelle aura faim et soif.Alors, pour éviter les punitions, Samba se met à genoux. Samba se couche. Samba s’assoit.La douleur de ses positions est moins forte que celle de la baguette acérée qui lui blesse les oreilles.

Samba se souvient du temps jadis où elle parcourait la savane avec l’insouciance de son jeune âge. Mais, marquée à jamais, Samba se souvient aussi de ce qu’elle a vu quand elle avait un an. Le sang a coulé et tout s’est arrêté.
Comment pourrait-elle oublier ? Les membres de sa troupe, allongés, sans vie. L’assourdissement des coups de fusils. Les cris, les pas et l’engin qui l’a transportée dans les airs.

Seule dans sa prison, Samba a pleinement conscience d’elle-même. Elle a besoin d’une vie sociale. Alors, inlassablement, elle se balance. Elle se balance, de droite et de gauche. Elle se balance, à force de stress. Elle se balance, à force d’ennui.

Quand vient l’heure de sa représentation, on lui met des habits de lumière. Mais son regard est éteint à tout jamais. Fermée sur sa douleur, elle fait ce qu’on lui demande sans rechigner. Nulle magie dans ces moments-là, comme l’imaginent les spectateurs. Juste de la peur et de la résignation.
Samba semble avoir accepté son état d’esclavage. Mais son dresseur a de l’imagination. Samba doit simuler sa propre mort devant un fusil dont le claquement lui rappelle des moments trop douloureux. Couchée Samba ! Samba se couche des dizaines de fois pour satisfaire son maître. Mais un soir c’en est trop. Samba ne supporte plus les bruits qui avaient annoncé sa captivité. Coups de fusil qui lui vrillent l’oreille et la mettent en colère.

Couchée Samba ! Samba se révolte. Elle ne se couche pas. Elle refuse de se souvenir qu’elle a vu sa famille mourir de la même façon qu’on lui force à mimer.
Couchée Samba ! Elle refuse. Elle tient tête à son dresseur devant les spectateurs.
Comment ? Un esclave pense, se souvient et n’obéit pas !
Quelle humiliation pour le dresseur ! C’est intolérable, il ne peut contenir sa colère et bat Samba sans défense. Dans son camion, les coups pleuvent de plus en plus fort.
Des enfants passent et comprennent. Seuls les pleurs des enfants ont réussi à calmer l’homme.

Aujourd’hui, sous son apparente docilité, Samba sait qu’elle a gagné une victoire.
Son numéro n’est plus le même. Bien sûr, il est toujours aussi douloureux. Bien sûr, son camion est toujours aussi étroit. Mais Samba n’est plus seule. Désormais, de plus en plus de monde se mobilise pour qu’elle sorte de son enfer quotidien.
Samba a gagné car elle a su rallier les femmes et les hommes à sa cause.
Désormais, plus rien ne sera jamais comme avant car nous veillons tous sur elle.
Nous sommes ses témoins secourables.
Nous portons tous haut et fort la voix de Samba, symbole de la liberté pour tous les animaux prisonniers des cirques.

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